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24.07.2026 / lecture 22 min / Guides pratiques

Accessibilité numérique : ce que la loi impose vraiment aux sites d'entreprise en 2026

F Fred / rédacteur du magazine
Accessibilité numérique : ce que la loi impose vraiment aux sites d'entreprise en 2026

La confusion qui coûte cher aux entreprises françaises

Il y a une phrase qu'on entend encore trop souvent en rendez-vous client : « l'accessibilité, c'est pour les sites de mairie ». Elle est fausse depuis le 28 juin 2025. Et 2026 est la première année où cette erreur commence à se payer.

Le chiffre qui devrait faire réfléchir : selon les relevés de la Direction interministérielle du numérique et les audits menés par les cabinets spécialisés, l'écrasante majorité des sites français, publics comme privés, restent non conformes aux critères de base. On parle de plus de 90 % dans certains échantillons. Pas de manquements exotiques : des contrastes trop faibles, des formulaires sans étiquettes, des menus impossibles à parcourir au clavier.

Alors, qui est vraiment concerné par cette accessibilité numérique devenue une obligation légale ? La réponse n'est ni « tout le monde » ni « seulement le public ». Elle dépend de ce que vend votre site, et parfois de votre chiffre d'affaires. Voici de quoi trancher, régime par régime, avec les sanctions réelles au bout.

Le cadre légal en 2026 : trois régimes qui se superposent

Si le sujet paraît illisible, c'est pour une raison simple : il n'existe pas une loi sur l'accessibilité numérique, mais un empilement de textes qui ne visent pas les mêmes acteurs, n'imposent pas les mêmes référentiels et ne prévoient pas les mêmes sanctions. Trois régimes cohabitent aujourd'hui. Un site peut relever d'aucun, d'un seul, ou de deux à la fois.

L'article 47 de la loi de 2005 : le régime historique

C'est le texte fondateur, issu de la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances. Il vise les services de l'État, les collectivités territoriales, les établissements publics, les délégataires de service public. Et, point souvent oublié, les entreprises privées dont le chiffre d'affaires réalisé en France dépasse 250 millions d'euros sur les trois derniers exercices.

Le référentiel imposé est le RGAA, dans sa version 4.1. Les obligations ne s'arrêtent pas à la technique : il faut publier une déclaration d'accessibilité, un schéma pluriannuel de mise en accessibilité couvrant trois ans, et un plan d'action annuel. Trois documents publics, datés, accessibles depuis le site.

Ce régime existe depuis longtemps. Il n'a pas été remplacé en 2025, il continue de s'appliquer en parallèle. Beaucoup de grandes entreprises l'avaient poliment ignoré tant que personne ne regardait.

L'European Accessibility Act : le vrai tournant pour le privé

La directive UE 2019/882, transposée en droit français, s'applique depuis le 28 juin 2025. Et elle change complètement la logique du raisonnement.

Jusque-là, l'obligation se déclenchait sur un critère de taille. Désormais, elle se déclenche sur la nature du service vendu. Peu importe que vous soyez douze ou douze mille. Si vous vendez en ligne à des consommateurs, vous entrez dans le périmètre.

Les catégories visées, telles que définies par le texte :

  • le commerce électronique, c'est-à-dire tout site permettant à un consommateur de conclure un contrat de vente ou de service à distance ;
  • les services bancaires aux consommateurs, y compris les interfaces de paiement ;
  • les services de transport de voyageurs : sites de réservation, billetterie, information voyageurs ;
  • les livres numériques et leurs plateformes de distribution ;
  • les services de communications électroniques ;
  • les services de médias audiovisuels et leurs interfaces d'accès ;
  • la billetterie en ligne, événementielle comme culturelle.

C'est ici que la plupart des articles disponibles passent à côté de l'essentiel. Un site e-commerce de dix salariés qui vend des chaussures est concerné. Un site vitrine d'une PME industrielle de 200 salariés, qui ne vend rien en ligne et se contente de présenter son activité, ne l'est pas nécessairement. La taille n'est plus le bon indicateur. La transaction, si.

Autre point à surveiller : la frontière est plus poreuse qu'elle n'en a l'air. Un site vitrine doté d'un module de prise de rendez-vous payant, d'une boutique même modeste, ou d'un espace client permettant de souscrire un service, bascule potentiellement du côté des services couverts. Le critère n'est pas le design de la page d'accueil, c'est la possibilité offerte au consommateur de contracter.

Les exemptions réelles et leurs limites

Elles existent. Elles sont plus étroites qu'on ne le croit.

Première exemption : les microentreprises. Moins de 10 salariés et moins de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires ou de total de bilan. Les deux conditions, pas l'une ou l'autre. Une structure de huit personnes réalisant 3 millions d'euros n'est pas exemptée.

Deuxième exemption : la charge disproportionnée. C'est la plus invoquée, et de très loin la plus mal utilisée. Elle ne consiste pas à écrire dans un courrier que la mise en conformité coûterait trop cher. Elle suppose une évaluation documentée, comparant le coût estimé de la mise en accessibilité au chiffre d'affaires du service concerné et au bénéfice attendu pour les personnes en situation de handicap. Cette évaluation doit être conservée, produite sur demande de l'autorité de contrôle, et réévaluée périodiquement, notamment à chaque refonte. Une charge disproportionnée non documentée n'est pas une exemption. C'est un aveu.

Troisième catégorie : les contenus exclus du périmètre. Les documents bureautiques publiés avant la date d'application, les contenus multimédias préenregistrés diffusés avant cette même date, les cartographies en ligne, sous réserve que les informations essentielles soient fournies par ailleurs sous forme accessible, et les contenus de tiers ni financés ni contrôlés par l'organisme.

Un mot sur les cartes, puisque la question revient systématiquement : l'exemption ne dispense pas de communiquer l'adresse en texte. Elle dispense de rendre la carte elle-même navigable au lecteur d'écran. Nuance importante.

Suis-je concerné ? Le test en quatre questions

Assez de droit. Voici comment obtenir un verdict en moins de deux minutes. Prenez les questions dans l'ordre, arrêtez-vous à la première réponse positive.

  1. Mon organisation exerce-t-elle une mission de service public, ou suis-je délégataire d'un service public ? Si oui : régime article 47. RGAA 4.1, déclaration d'accessibilité, schéma pluriannuel, plan d'action annuel. Inutile d'aller plus loin, vous êtes soumis au régime le plus exigeant en matière documentaire.
  2. Mon chiffre d'affaires réalisé en France dépasse-t-il 250 millions d'euros ? Si oui : régime article 47 également, avec les mêmes obligations documentaires, quel que soit votre secteur d'activité.
  3. Mon site permet-il à un consommateur d'acheter un produit, de souscrire un service, de réserver, de payer ou d'accéder à un contenu payant ? Si oui : régime European Accessibility Act. Norme EN 301 549, contrôle DGCCRF, obligation d'information sur l'accessibilité du service. Y compris si vous êtes une TPE de six personnes, sauf à remplir les deux critères microentreprise.
  4. Suis-je sous les deux seuils microentreprise, moins de 10 salariés et moins de 2 millions d'euros ? Si oui, et si les questions 1 et 2 ont reçu une réponse négative : vous êtes hors du champ de l'obligation légale au titre de l'EAA. Ce qui ne signifie pas que vous êtes hors de tout risque, la question de la discrimination restant ouverte devant le juge civil.

Quatre réponses négatives ? Votre site vitrine sans transaction, porté par une entreprise sous les 250 millions d'euros, échappe effectivement à l'obligation directe. Profitez-en pour vous mettre à niveau tranquillement plutôt que dans l'urgence : les périmètres réglementaires ont une fâcheuse tendance à s'élargir.

Ce que la loi exige concrètement de votre site

Le passage du texte juridique au cahier des charges technique est l'endroit où la plupart des projets s'enlisent. Parce que la conformité ne se décrète pas. Elle se mesure, critère par critère, sur des pages réelles, avec de vrais outils.

Le socle technique : RGAA, WCAG 2.1 AA et EN 301 549

Trois sigles, trois rôles distincts, et une confusion permanente.

WCAG 2.1 est le standard international publié par le W3C. Il définit les critères de succès, organisés en quatre principes : perceptible, utilisable, compréhensible, robuste. Trois niveaux d'exigence, A, AA et AAA.

EN 301 549 est la norme européenne harmonisée. Elle reprend WCAG 2.1 niveau AA et y ajoute des exigences propres au matériel et aux logiciels. C'est elle qui donne la présomption de conformité au niveau européen. Autrement dit : respecter EN 301 549, c'est être présumé conforme à la directive.

Le RGAA 4.1 est la déclinaison française. Ce n'est pas un référentiel concurrent, c'est une méthode de test : 106 critères et environ 250 tests opérationnels qui permettent de vérifier concrètement le respect de WCAG 2.1 AA. Quand un auditeur annonce un taux de conformité de 68 %, il parle du pourcentage de critères RGAA applicables et respectés.

Pourquoi le niveau AA et pas AAA ? Parce que le niveau AAA impose des contraintes qui rendraient certains contenus impossibles à publier : un contraste de 7:1 partout, un niveau de langue accessible à un lecteur de niveau collège sur tous les textes, une interprétation en langue des signes pour toute vidéo. Le W3C lui-même précise que la conformité AAA n'est pas un objectif réaliste pour l'ensemble d'un site. La réglementation européenne s'est donc arrêtée à AA, qui couvre déjà l'immense majorité des situations de blocage.

Les points de non-conformité les plus fréquents

Sur des dizaines d'audits, les mêmes défauts reviennent. Toujours les mêmes. Ils ne relèvent pas de la technique de pointe mais de l'inattention accumulée.

Les contrastes insuffisants. Le gris clair sur fond blanc des mentions légales, le blanc sur orange pastel des boutons d'appel à l'action. Le ratio minimal est de 4,5:1 pour un texte courant, 3:1 pour les grands caractères. Un utilisateur malvoyant, ou simplement quelqu'un consultant son téléphone en plein soleil, ne lit pas le bouton « Ajouter au panier ». Personne ne réclame, tout le monde part.

Les formulaires sans étiquettes associées. Le champ affiche un texte de substitution qui disparaît à la saisie, aucun élément label n'est relié au champ. Un lecteur d'écran annonce « zone d'édition », sans plus. L'utilisateur remplit à l'aveugle. Ajoutez à cela des messages d'erreur signalés uniquement par une bordure rouge, sans texte explicite, et le formulaire devient un mur.

La navigation clavier impossible. Menus déroulants qui ne s'ouvrent qu'au survol de la souris, carrousels dont les flèches ne reçoivent jamais le focus, indicateur de focus supprimé en CSS parce qu'il « faisait moche ». Rappel utile : la navigation clavier ne sert pas qu'aux personnes aveugles. Elle sert à toute personne ayant un handicap moteur, à celles qui utilisent une commande vocale, et à un nombre considérable d'utilisateurs pressés.

Les images de produit sans alternative textuelle pertinente. Attention au faux ami : alt="IMG_4472.jpg" est techniquement présent et fonctionnellement inutile. À l'inverse, une image purement décorative doit porter un attribut alt vide, sans quoi le lecteur d'écran ânonne un nom de fichier au milieu du contenu.

Les tunnels de commande qui piègent le focus. Une fenêtre modale s'ouvre, le focus reste derrière, l'utilisateur au clavier navigue dans une page qu'il ne voit plus. Ou l'inverse : le focus entre dans la modale et ne peut plus en sortir. C'est probablement le défaut le plus coûteux commercialement, puisqu'il survient exactement au moment du paiement.

Les vidéos sans sous-titres ni transcription. Le sous-titrage automatique d'une plateforme d'hébergement ne vaut pas conformité : sa qualité est jugée insuffisante par les référentiels dès lors qu'il n'est pas relu.

Les PDF non balisés. Le grand angle mort. Un catalogue, une plaquette, un bon de commande téléchargeable depuis le site relèvent du même régime que le site. Un PDF exporté sans structure de balises est, pour un lecteur d'écran, une image de texte. Illisible.

Les obligations documentaires que tout le monde oublie

Voici la partie que les équipes techniques trouvent secondaire, et qui déclenche pourtant l'essentiel des sanctions constatées.

Une déclaration d'accessibilité doit figurer en pied de page, accessible depuis toutes les pages. Elle mentionne le taux de conformité mesuré, la date de l'audit, le référentiel utilisé, la liste des contenus non conformes et les dérogations invoquées.

La mention « Accessibilité : totalement conforme / partiellement conforme / non conforme » doit apparaître directement en pied de page, sans clic supplémentaire. Elle est visible, littérale, et c'est le premier élément que vérifie un contrôleur. Cela lui prend quatre secondes.

Pour le régime article 47 s'ajoutent le schéma pluriannuel et le plan d'action annuel, tous deux publiés en ligne.

Enfin, un dispositif de signalement doit permettre à tout utilisateur de signaler un défaut d'accessibilité, avec la mention de la possibilité de saisir le Défenseur des droits en l'absence de réponse satisfaisante.

Pourquoi ces points concentrent-ils les sanctions ? Parce qu'ils sont constatables depuis un navigateur, en quelques secondes, sans compétence technique et sans audit. Un contrôleur qui ouvre votre pied de page sait immédiatement si vous avez traité le sujet ou non. Le reste demande un audit. Ça, non.

Sanctions : ce qui est réellement encouru

Sur ce chapitre, les contenus disponibles en ligne oscillent entre le flou artistique et l'alarmisme commercial. Remettons les montants à leur place.

Les amendes administratives

Au titre de l'article 47, le défaut de publication des documents obligatoires, déclaration, schéma pluriannuel, plan d'action, expose à une sanction administrative pouvant atteindre 50 000 euros par service en ligne. Point déterminant : cette sanction est renouvelable tous les six mois tant que la situation n'est pas régularisée. Elle vise le manquement documentaire, pas le niveau technique du site. Vous pouvez donc être sanctionné avec un site raisonnablement accessible mais sans déclaration publiée.

Au titre de l'European Accessibility Act, le régime de contrôle relève de la DGCCRF pour les services aux consommateurs, avec l'ARCOM pour les services de médias audiovisuels. Les amendes prévues par la transposition française atteignent 50 000 euros par service non conforme, portées à 300 000 euros en cas de récidive dans un délai de cinq ans. La procédure suit un déroulé constant : signalement d'un utilisateur ou d'une association, ou contrôle programmé, puis mise en demeure assortie d'un délai de mise en conformité, puis sanction en cas d'inaction.

Ces montants et ces seuils évoluent. Ils méritent une vérification à date avant toute décision d'investissement, car les textes d'application continuent d'être précisés.

Les risques non financiers, souvent sous-estimés

L'amende n'est pas toujours le sujet le plus lourd.

L'exclusion des marchés publics arrive en tête. Les clauses d'accessibilité se généralisent dans les appels d'offres publics et dans les consultations des grands comptes. Une déclaration absente ou un taux de conformité trop faible transforme une candidature solide en dossier écarté au stade de la recevabilité. Pour certaines agences et éditeurs, le manque à gagner dépasse largement le coût de la mise en conformité.

Le contentieux pour discrimination. Le refus d'aménagement raisonnable constitue une discrimination au sens du droit français. Un utilisateur empêché d'accéder à un service peut agir devant le juge civil, indépendamment de toute sanction administrative.

La saisine du Défenseur des droits. L'institution instruit, publie ses décisions, recommande. Ce n'est pas une amende. C'est un document public et durablement indexé.

Le risque réputationnel. Les associations d'usagers publient des relevés comparatifs sectoriels. Voir son enseigne citée en exemple de mauvais élève dans un article repris par la presse spécialisée coûte plus cher, en image, que la correction elle-même.

Les due diligences. L'accessibilité est entrée dans les grilles d'évaluation extra-financière. Elle apparaît désormais dans les questionnaires fournisseurs des grands groupes et dans les audits préalables à une opération de croissance externe.

Ce qui se passe vraiment en pratique en 2026

Un peu de réalisme, maintenant.

Personne ne balaie automatiquement l'ensemble des sites français pour distribuer des amendes. La logique de contrôle demeure largement déclarative et réactive : on contrôle sur signalement, sur plainte d'une association, ou dans le cadre d'enquêtes sectorielles ciblées. La première année d'application a servi de période de rodage, avec une nette préférence pour la pédagogie et la mise en demeure.

Mais la trajectoire est claire, et elle ne s'inverse pas. Les signalements augmentent, les associations se sont organisées, les contrôles sectoriels se structurent.

Le message à retenir tient en une phrase : le risque n'est pas d'être imparfait, il est d'être immobile et sans document. Une entreprise affichant une déclaration honnête, un taux de 62 %, une liste assumée de non-conformités et un plan d'action daté se trouve dans une position infiniment plus solide qu'une entreprise à 85 % qui n'a rien publié. La première a un dossier. La seconde n'a rien à opposer.

Par où commencer : une méthode en quatre étapes

Reste la question pratique. Comment aborder un chantier qui, vu de loin, ressemble à un gouffre ?

Étape 1 : cadrer le périmètre

Ne raisonnez pas en pages. Raisonnez en parcours critiques.

Un site marchand de 400 pages n'a pas 400 problèmes distincts. Il a une dizaine de gabarits et six ou sept parcours qui concentrent la valeur : la page d'accueil, la recherche et les filtres, la liste de résultats, la fiche produit, le tunnel de commande, le formulaire de contact, l'espace client.

Auditer les 400 pages produit un rapport de 300 pages que personne ne lit, un devis qui fait reculer la direction, et zéro correction. Auditer sept parcours produit une liste de défauts qui, corrigés dans les gabarits, se propagent mécaniquement à l'ensemble du site. La différence de coût est d'un facteur cinq à dix. La différence de résultat aussi.

Étape 2 : l'audit initial

Deux natures d'audit, à ne pas confondre.

L'audit automatisé passe des outils sur les pages et remonte les erreurs détectables par une machine : contrastes, attributs alt manquants, hiérarchie de titres incohérente, attributs ARIA mal formés. Utile, rapide, gratuit. Mais il ne couvre qu'environ un tiers des critères. Aucun outil ne peut juger si une alternative textuelle est pertinente, si un ordre de tabulation est logique, si un message d'erreur est compréhensible.

Pour un premier diagnostic, des outils gratuits comme l'extension axe DevTools, WAVE, Lighthouse ou l'assistant RGAA de la DINUM donnent une photographie honnête en une demi-journée. Ils ne constituent pas un audit de conformité et ne permettent pas de déclarer un taux.

L'audit manuel reprend les 106 critères RGAA, teste au clavier seul, avec un lecteur d'écran, à 200 % de zoom, en désactivant les feuilles de style. C'est lui qui produit le taux de conformité opposable : nombre de critères conformes divisé par nombre de critères applicables, exprimé en pourcentage. Un critère non applicable, par exemple ceux relatifs aux vidéos sur un site qui n'en contient aucune, sort du calcul et ne pénalise pas.

Étape 3 : prioriser les corrections

Le rapport d'audit livre une liste brute. Il faut l'ordonner selon deux axes : impact utilisateur et coût de correction.

Trois niveaux d'impact, à traiter dans cet ordre :

  • Les bloquants absolus, qui rendent l'usage impossible : un tunnel de commande inutilisable au clavier, un formulaire dont les champs ne sont pas identifiables, un piège de focus. Priorité immédiate, sans discussion.
  • Les gênes majeures, qui rendent l'usage pénible mais praticable : contrastes faibles, libellés de liens vagues du type « en savoir plus », absence de lien d'évitement.
  • Le confort, qui améliore l'expérience sans conditionner l'accès.

Côté coût, la distinction technique est tout aussi structurante. Certaines corrections tiennent en quelques lignes de CSS : contrastes, indicateur de focus restauré, taille de cible tactile. D'autres imposent une reprise de gabarit : hiérarchie de titres, structure sémantique, points de repère. D'autres enfin exigent la refonte d'un composant complet, ce qui est fréquemment le cas des carrousels, menus complexes et sélecteurs de dates.

Croisez les deux axes et le plan d'action s'écrit presque seul. Les corrections à fort impact et faible coût constituent le premier lot, souvent bouclé en deux semaines, et suffisent régulièrement à faire gagner quinze à vingt points de conformité.

Étape 4 : documenter et maintenir

Publiez la déclaration, même en conformité partielle. Même à 45 %. Une déclaration honnête, datée, listant les non-conformités connues et assortie d'un plan d'action vaut infiniment mieux que le silence. Le silence, lui, est constatable et sanctionnable en quatre secondes.

Puis vient la partie que presque aucun article n'aborde, et qui décide pourtant du résultat à moyen terme : un site conforme redevient non conforme en quelques mois.

La mécanique est toujours la même. Un contributeur ajoute une image sans alternative. Un autre colle un titre en gras au lieu d'un H2 parce que « ça rend mieux ». Une agence livre une landing page avec un bouton blanc sur fond jaune. Un PDF non balisé rejoint la médiathèque. Six mois plus tard, le taux a chuté de quinze points sans qu'une seule ligne de code ait été modifiée.

La parade tient en trois éléments : former les rédacteurs, ce qui prend une demi-journée et couvre l'essentiel des régressions ; inscrire l'accessibilité dans le cahier des charges de tout prestataire, avec une recette à la livraison ; programmer un contrôle automatisé récurrent sur les parcours critiques, mensuel ou trimestriel.

Accessibilité et SEO : la convergence réelle et ses limites

Le rapprochement est souvent invoqué. Il est réel, mais il faut être précis, faute de quoi on vend une illusion.

Les recoupements factuels existent, et ils sont solides. Une hiérarchie de titres correcte sert autant le lecteur d'écran que la compréhension du document par les moteurs. Les attributs alt sont exploités par la recherche d'images. Le balisage sémantique clarifie la structure. Les libellés de liens explicites remplacent des ancres « cliquez ici » qui ne transmettent aucun signal. La navigation cohérente et la performance d'affichage relèvent des deux disciplines à la fois. Sur ce socle commun, un euro investi sert deux objectifs.

Maintenant, la nuance qui manque partout ailleurs : l'accessibilité n'est pas un critère de classement direct. Google ne mesure pas votre taux de conformité RGAA et ne le pondère pas dans son algorithme. Corriger les contrastes de vos boutons n'aura aucun effet sur vos positions. Ajouter des sous-titres à vos vidéos, un ordre de tabulation cohérent ou une gestion correcte du focus dans une modale : aucun impact SEO mesurable. Quiconque affirme le contraire vend un audit.

Alors pourquoi le faire, au-delà de l'obligation ?

Pour l'argument business, qui est le plus solide des trois. La France compte environ 12 millions de personnes en situation de handicap, dont une large part de handicaps invisibles : troubles dys, déficience auditive légère, restrictions motrices liées à l'âge. Ajoutez la population des plus de 65 ans, dont l'acuité visuelle et la précision gestuelle déclinent, et qui dispose d'un pouvoir d'achat supérieur à la moyenne nationale.

Un tunnel de commande accessible convertit mieux. Pas par vertu, par mécanique : moins d'abandons sur les formulaires, moins d'erreurs de saisie non comprises, moins d'appels au service client pour une commande qui « ne passe pas ». Ces gains sont mesurables dans l'analytics, et ils apparaissent souvent avant même la fin du chantier de conformité.

Le verdict

Le périmètre s'est élargi bien au-delà du secteur public. Depuis juin 2025, l'obligation est opposable à une large partie du commerce en ligne, indépendamment de la taille de l'entreprise. Et le premier facteur déclencheur de sanction n'est pas l'imperfection technique, c'est l'absence de documentation publiée.

La bonne nouvelle, s'il en faut une : le sujet se traite par étapes, sur des parcours ciblés, avec des gains rapides sur le premier lot. Un audit d'accessibilité mené en même temps qu'un audit technique SEO partage une bonne moitié de son périmètre d'analyse. Autant faire les deux passages en une fois.

Questions fréquentes

Un site vitrine est-il concerné par l'obligation d'accessibilité ?

Pas automatiquement. Un site strictement vitrine, qui présente une activité sans permettre d'acheter, de réserver ou de souscrire, n'entre pas dans le champ de l'European Accessibility Act. Deux réserves toutefois : si l'entreprise dépasse 250 millions d'euros de chiffre d'affaires en France, l'article 47 s'applique quel que soit le type de site. Et si le site comporte un module de prise de rendez-vous payant, une boutique même réduite ou un espace client transactionnel, il bascule dans le périmètre des services couverts.

Une overlay d'accessibilité suffit-elle à rendre un site conforme ?

Non. C'est la réponse la plus ferme de cette FAQ, et elle mérite d'être argumentée, car la majorité des contenus disponibles sur ce sujet sont produits par les vendeurs d'overlays eux-mêmes.

Une overlay est un script tiers qui se superpose au site et propose une barre d'outils : agrandissement du texte, mode contrasté, changement de police. Elle ne corrige rien dans le code source. Elle ne peut pas deviner l'alternative textuelle pertinente d'une photo produit, ni reconstruire un ordre de tabulation logique, ni réparer un piège de focus dans une modale de paiement.

Plus problématique encore : les associations d'utilisateurs de lecteurs d'écran signalent régulièrement que ces surcouches dégradent l'expérience en entrant en conflit avec les technologies d'assistance déjà installées. Des milliers de développeurs et d'experts ont signé des engagements publics contre leur usage comme solution de conformité. Aux États-Unis, plusieurs centaines de plaintes en accessibilité ont visé des sites équipés d'une overlay. Le référentiel français ne reconnaît pas ces dispositifs comme moyen de conformité : l'audit RGAA porte sur le site, pas sur la surcouche.

Une overlay peut, au mieux, apporter un confort marginal à certains utilisateurs. Elle ne dispense d'aucune obligation, ne produit aucun taux de conformité et ne constitue aucune protection en cas de contrôle.

Combien coûte une mise en conformité ?

Cela varie fortement, et méfiez-vous des forfaits annoncés sans avoir vu le site. Trois postes structurent le budget : l'audit initial, dont le coût dépend du nombre de gabarits et de parcours retenus ; les corrections techniques, très variables selon que le site repose sur un socle sain ou sur un empilement de composants tiers ; l'accompagnement documentaire et la formation des contributeurs.

L'ordre de grandeur observé va de quelques milliers d'euros pour un site simple bien construit, à plusieurs dizaines de milliers pour une plateforme e-commerce ancienne. Le levier d'économie principal reste le cadrage : sept parcours audités plutôt que le site entier, corrections appliquées dans les gabarits, refonte des composants problématiques planifiée sur la prochaine évolution plutôt qu'en urgence.

Que faire si l'on reçoit une mise en demeure ?

Ne pas ignorer le courrier, ce qui est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. La mise en demeure fixe un délai de mise en conformité : ce délai est une opportunité, pas une menace, puisqu'il vous protège tant qu'il court et que vous agissez.

Trois actions dans l'ordre. Lancer immédiatement un audit sur les parcours visés, afin de disposer d'un état des lieux objectif. Publier une déclaration d'accessibilité sincère assortie d'un plan d'action daté, avant l'expiration du délai. Répondre à l'autorité en documentant les mesures engagées et le calendrier retenu. Une entreprise qui démontre un chantier en cours n'est pratiquement jamais sanctionnée au premier tour.

Quelle différence entre RGAA et WCAG ?

WCAG 2.1 est le standard international du W3C : il énonce les critères de succès à respecter, répartis sur trois niveaux, A, AA et AAA. Le RGAA 4.1 est le référentiel français : il ne crée pas de nouvelles exigences, il fournit une méthode de test permettant de vérifier concrètement le respect de WCAG 2.1 niveau AA, à travers 106 critères et environ 250 tests opérationnels.

La formule simple : WCAG dit ce qu'il faut atteindre, le RGAA dit comment le vérifier. La norme européenne EN 301 549, elle, fait le pont entre les deux en donnant la présomption de conformité au regard du droit de l'Union.